Babylone? Sans moi!
Et si à chaque fois que vous faisiez un pas dans la rue vous tombiez nez-à-nez avec "la réalité de la vie"? Imaginez, vous sortez de chez vous, vous dites bonjour à vos parents qui vous rétorquent: "Bonjour... Tu sais j'aimerais bien à présent que tu te trouves une place dans la société, que tu ai des objectifs". Après réflexion je répondrai: "je cherche avant tout à être moi, et bien dans ma peau, ensuite j'aviserai".
Une rue plus loin vous tombez sur votre frère, celui avec qui vous avez grandi et vous vous êtes bien amusé: ça c'était une époque! "Dis moi... Quand est-ce que tu travailles? Tu cherches un boulot? Tu fais quoi au juste", d'un ton irrité par ma vie visiblement sans-soucis. Je m'en ronge les doigts! Bien sûr j'aide les gens, une petite aide par ci par là. Ça m'apporte vraiment quelque chose spirituellement d'avoir donné sans rien attendre en retour. Évidement, il n'y a rien de "concret" là dedans, pas d'argent, pas de travail. Travail, argent, "à quoi tu sers", ... autant de maux qui commencent à me laisser penser que je leur ai fait quelque chose, un préjudice quelconque dont je suis l'auteur et le coupable sans même avoir été suspect.
Un peu plus loin je vais chez mon médecin. "Alors, où en es-tu dans tes études? Tu ne vas quand même pas ne rien faire.", de sa voix métallique, le grand chaman a parlé. L'idée de travailler pour un patron qui se remplit les poches grâce à moi et à d'autres, l'idée que l'on va signer un contrat avec le diable où l'on promet d'offrir un peu de son temps tous les jours, d'être à l'heure, de finir à l'heure, d'être efficace, toujours plus... vous trouvez ça excitant vous? Bien sûr, il faut bien vivre, il faut de l'argent pour se payer à manger et un toit, argent que l'on gagne par le travail, sinon crevez. Rame, rame ou crève! C'est ce qu'on appel: "Travailler pour gagner sa vie". On en est pas encore là, c'est pour bientôt.
Évidemment, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et quand on a un physique qui déplaît, ça se sent dans son entourage. Mon esprit est sain mais j'ai du transformer mon corps pour correspondre le mieux possible à l'idéal-type que ce font les braves gens autour de moi: une femme, un sexe, un vêtement. N'ai-je pas assez donné? Mon corps et ma vie ne suffisent-ils pas? Lorsque deux rues plus loin je vais voir Madame la chirurgienne qui a "réparé" l'erreur de ma nature, j'ai droits à toujours plus de questions: "Vous savez, l'année a commencé, vous allez faire quoi? Des cours? Il faut se décider!". Ma décision, Madame, est de ne pas me décider. Ne pas répondre est une réponse en soi. Voyez-vous, je me suis dit que pour rembourser les dettes que le électrons libres qui circulent dans des cables électriques m'ont crée, j'allais offrir de manière payante, pour la première fois, de petits services. Êtes-vous satisfait? L'initiative vient toujours de soi.
Je sors de là, la tête comme un sot par toutes ces idées qu'on essaye d'y faire entrer. Un petit coup de fil (en rue) pour me faire remonter le moral n'aurait pas pu mieux tomber. Ma chérie d'amour me dit: "Si tu ne veux pas vivre dans cette société, tu as qu'à aller vivre dans une forêt!". Je l'aime beaucoup. L'autre jour nous avions vu un film qui parlait d'un groupe de personnes qui vivent dans un village inconnu du monde dans une réserve naturelle et il était question de vivre sans argent. Elle admire. Ou bien nous parlions des indiens nomades qui vivait si proche de la nature (sans argent, inutile de le rappeler) sans luxe. Elle admire profondément. "Nous ne sommes décidément pas fait pour vivre ainsi!", s'exclame t-elle lorsqu'elle constate un décalage entre notre nature animale et notre vie en société.
Puisqu'il en est ainsi, puisque je dois travailler sinon je suis une voleuse. Je déclare dorénavant que jamais mon esprit commandera mon corps à bosser pour Babylone. Et je vous accuse vous, prolo, frustré de constaté ma liberté au système, non-assistance à personne en danger: vous laissez mourir des gens sous des ponts, vous laissez vos frères couler leur sang dans des guerres qui n'en finissent plus et dont souvent vous en êtes l'origine, vous laissez des hommes exploiter des autres pour gagner des billets verts, vous tuez tous les écosystèmes qui ne vous rapporte aucun Euro mais qui vous "gêne", vous massacrez des êtres vivants en prétextant que votre vie a plus d'importance que la leur... Vous voulez bâtir une cité sans respect de tout à chacun? Ce sera sans moi. Qu'avez-vous fait de bien dans votre vie? Qu'est-ce qui a été bénéfique pour votre âme? La gloire c'est pour ceux qui ont un paraitre à préserver.
Je vois encore les yeux de ce petit enfant qui ne sait encore dire aucun mot pour constater ce qui l'entoure. Sa bouche était loin d'un sourire. À peine né qu'on le répertorie, on le catalogue: garçon ou fille? Date de naissance? Oh c'est un gémeaux! On a décidé pour lui qu'il serait belge, qu'il sera "il", qu'il appartiendra à cette société où on l'obligera à participer un moment ou à un autre. Toi, tu ramasseras les poubelles, les autres n'aiment pas ça et tu sembles être bon à... qu'à ça. On se sent mieux dans un environnement propre, heureusement qu'ils sont là pour sauvegarder la nature de ces porcs gras qu'on appel "les gens biens". N'oublions pas les "honnêtes gens", ceux qui vous tiennent deux discours pour une seule action. Et les plus importants: les gens "normaux", Monsieur et Madame Tout-le-monde, le type Lambda qui va faire ce qu'on attend de lui parce qu'il incarne la société qu'il aime de toute son âme.


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